FICHE DE LECTURE :L'AUTRE AFRIQUE

Entre don et marché: S.LATOUCHE Ed. Albin Michel Economie 1998

Si l'on en croit les macro-économistes qui cherchent à comptabiliser l'activité économique des Etats, l'Afrique noire représente moins de 2% de la production mondiale et, moins de 1% des exportations internationales. On peut donc constater une faillite de l'Afrique officielle puisque le PNB global de l'Afrique subsaharienne est équivalent à celui des Pays-Bas. Dés les indépendances, René Dumont l'avait déjà annoncé : l'Afrique noire est mal partie. En effet, 1 africain sur 2 vit en dessous du seuil de pauvreté, après 30 ans d'indépendance les élites se sont substituées aux impérialismes pour installer une situation de soumission aux intérêts en place. A partir de ce constat, Serge Latouche va s'attacher à montrer qu'une autre Afrique est en marche. En effet, 800 millions de personnes arrivent chaque jour à vivre, développent des résistances au marché à travers des pratiques productives inscrites dans le secteur informel. Cette Afrique des exclus de l'économie mondiale, du sens dominant, continue à vivre à contresens. La greffe occidentale ne prend pas, face à la déroute de l'économie officielle, les résistances se multiplient, elles sont l'expression de tout un peuple qui cherche à survivre. Lorsque les difficultés sont nombreuses, et que les solidarités organiques ne fonctionnent plus dans les entreprises du secteur formel, se développent à nouveau les solidarités mécaniques à travers le don contre-don dans la sphère informelle. L'économie souterraine est le laboratoire de la post-modernité, elle doit permettre d'envisager des solutions alternatives au marché dans les zones d'exclusion des pays développés. Si la demande solvable est absente à cause des difficultés économiques et sociales des populations, l'économie informelle devient la seule à garantir un minimum de production. D'une clientèle sans revenu on ne peut espérer la fortune, mais c'est déjà une belle réussite d'en extraire sa survie. Vouloir formaliser ces activités reviendrait à les tuer. Les artisans qui ont suivi les conseils des " spécialistes " des pays développés ou des ONG officielles d'une part ont perdu leur âme mais ont aussi connu pour la plupart la faillite en revenant dans le meilleur des cas à leur organisation initiale. Depuis Smith et Hayek ont connaît les excès du marché, soi-disant capable dans des conditions particulières de l'optimum de Pareto d'amener le plus grand bonheur pour le plus grand nombre. Par ailleurs, l'omnimarchandisation des activités sociales a repoussé le don contre-don cher à M.Mauss en marge de l'économie formelle. Ainsi, les pratiques informelles se développent ou se marginalisent selon la conjoncture économique et sociale. A l'économisme ambiant, résistent des expériences qui sont autant de tentatives de refus de soumission aux impératifs du marché . A travers 6 essais, Serge Latouche nous amène à la découverte de quelques expériences alternatives dans les pays africains capables de décoloniser notre imaginaire.