LES 10 ANS DE B5
conférence du mardi 8 juin 1999 avec S.Latouche
salle Pétrarque. Montpellier
L'Association Bidon 5 porte le nom de la piste qui relie l'Algérie au Mali (1500 km de désert). Depuis 1989, notre action a cherché à valoriser les différences culturelles à travers la réalisation au Sénégal de 2 BD " un voyage mouvementé " en 1993, " les trois ignorants " en 1995, et au Mali une BD conçue pour l'éducation féminine " problématique de la scolarisation des filles " en 1996. Chacune de ces parutions a été réalisée par des pédagogues africains, et imprimée à Dakar ou Bamako. Pour favoriser l'alphabétisation, et pour valoriser la culture locale, le texte est en langue traditionnelle, avec traduction en français. Je dois signaler qu'à ce jour, grâce à la dynamique et à la solidarité de nos membres 12000 exemplaires ont pu être imprimés et diffusés gratuitement dans les écoles, et centres d'alphabétisation du Sénégal et du Mali. Notre association a refusé toute subvention des collectivités locales pour rester libre et ne pas cautionner des politiques en manque d'imagination. Notre financement se fait grâce à un réseau de 200 membres actifs qui proposent : n des spectacles (musique ou théâtre) n des tournois sportifs n une cuvée de vin bien connue sur la ville n des déplacements bénévoles dans les pays d'action. J'en profite pour remercier encore une fois tous les participants à nos actions qui sont ici présents. Aujourd'hui, selon le principe : 1 exemplaire acheté=3 exemplaires diffusés gratuitement, nous proposons une nouvelle réalisation autour du conte populaire africain. La plupart ont été écrits par des élèves d'écoles primaires où notre Association a été amenée à intervenir. A travers cette réalisation nous avons cherché à renouer le lien entre la richesse de l'expression orale et les vertus de l'écrit. Le conte traditionnel est, en effet, porteur de la morale africaine, il doit enrichir nos pratiques sociales dans le respect de nos différences et dans la restauration de la solidarité internationale. Dés le début de nos activités associatives, nous nous sommes inscrits dans le refus de la reproduction de modèles de développement et dans l'alternative autocentrée sur les besoins et les savoir-faire locaux. L'Afrique a avant tout besoin de reconnaissance, de confiance pour retrouver sa dignité souvent bafouée par une aide au développement incapable de reconnaître ses qualités, ses savoirs... Quoi qu'il en soit, il est grand temps de rompre avec une logique qui cherche à homogénéiser notre réflexion, nos modes de vie. Il faut décoloniser notre imaginaire, faire sauter les verrous d'une civilisation qui cultive les peurs, la frilosité, et la reproduction de modèle.